Un Prince et surtout un nouveau Prince…
« …ne peut se plier aux règles et conventions qui font passer les hommes pour bons, car pour maintenir son état, il lui faut sans cesse agir contre sa parole, contre la charité, contre l’humanité, contre la religion. Il doit être prêt à changer de comportement selon les vents de la fortune et la variations des choses »
Machiavel, Le Prince, chapitre XVIII

« … le Chef de la dernière famille royale de France » Quelques mots glissés avec le panache d’un aristocrate dans le dernier coup d’éclat de Bernard Arnault, sans que l’homme d’affaires, pour autant, se reconnaisse dans le personnage !
Le roi est arrivé sur Twitter, parchemin doré à la main : une entrée en scène aussi exquise qu’absolument inoubliable.

Mais que serait une cour sans son palais ?
Twitter serait-il devenu la nouvelle tour dorée des rois du monde, où fortunes, influence et pouvoir se donnent rendez-vous sous les yeux ébahis des gueux ?
Car si les anciennes monarchies régnaient par le sang et les titres, les nouvelles dynasties semblent désormais régner par les milliards, les réseaux et l’influence.
Et si, chers lecteurs, le capital financier était devenu la nouvelle noblesse ?
À une époque où le sang bleu semble avoir cédé sa place aux milliards, voici qu’un roi s’avance dans le grand théâtre numérique du pouvoir.
Le théâtre du pouvoir n’est pas que numérique.
À Paris, il se joue également en plein jour.
Une scène me revient à l’esprit.
Un jour, je sortais de l’Ambassade du Gabon, après une réunion destinée à préparer un dîner « royal » contemporain en ces lieux.
Car l’endroit n’avait rien d’une ambassade ordinaire.
« L’ancien palais » du Gabon à Paris aurait possédé, dans le passé, dans sa cour, une grande piscine. .
Une piscine. Dans la cour d’une ambassade.
Avouez, chers lecteurs, que Paris sait parfois réserver quelques surprises à celles et ceux qui prennent le temps de regarder derrière les portes.
Et c’est précisément à la sortie de ce palais que je croisai la véritable Princesse de France, patronne de la Maison de couture par excellence, accompagnée de sa fille… en rollers.
Ha !
Devais-je lui présenter mes respects ?
Faire une révérence ?
Trouver quelque formule convenable pour saluer une véritable princesse dans le décor qui semblait tout droit sorti d’une chronique mondaine ?
Non.
La fatigue eut raison de mon protocole imaginaire.
Je me contentai d’observer la couleur de ses rollers.
Et, curieusement, cela me ramena à mon enfance.
Moi aussi, j’adorais les rollers. Et surtout parcourir les allées des champs de colza.

Et je me fis alors cette réflexion, chers lecteurs : dans certaines cours, l’ascension se fait en rollers lorsque l’environnement est particulièrement favorable…
Mais c’est le gendre et époux qui retient notre attention aujourd’hui : Xavier Niel !

Selon les enseignements de Machiavel, qu’est-ce qui fait véritablement un prince ? Un nouveau prince ?
Point besoin de couronne lorsqu’on dispose d’un considérable pouvoir financier.
À l’image des souverains d’autrefois, Xavier Niel étend son influence à plusieurs territoires télécommunications, médias, technologie, investissement et règne sur un empire dont les frontières sont économiques plutôt que féodales.
Et que serait un prince sans sa cour ?
Entrepreneurs, investisseurs, journalistes, personnalités politiques… Autour de lui gravite tout un monde d’alliances, d’intérêts et d’influences.
Car chez Machiavel, le prince n’est pas simplement celui qui possède le pouvoir : c’est celui qui sait l’acquérir, le conserver et l’exercer. Celui qui comprend les rapports de force, choisit ses alliances et sait transformer ses ressources en influence.
Alors, chers lecteurs, peut-être faut-il regarder au-delà des palais et des couronnes.
Car dans notre époque moderne, les princes ne naissent plus nécessairement avec un titre.
Ils bâtissent leur royaume.
Et c’est précisément là que Xavier Niel devient intéressant à observer à travers Machiavel.
Le nouveau prince ne se contente pas d’entrer dans un système existant. Il peut choisir d’en déplacer les lignes.
Avec Free, Xavier Niel ne demande pas simplement sa place à la table des télécoms : il vient bousculer la table elle-même.
En cassant les prix et en imposant un modèle commercial beaucoup plus agressif, il oblige les opérateurs historiques à réagir.
Le nouveau venu ne se contente donc pas de jouer selon les règles du royaume : il modifie les règles auxquelles les autres doivent désormais jouer.
Avec 42, même logique, mais dans un autre royaume : celui de l’éducation.
Pas de diplôme exigé à l’entrée, pas de professeurs au sens traditionnel, une pédagogie fondée sur les projets, la collaboration et l’apprentissage par les pairs.
Là encore, Xavier Niel ne cherche pas simplement à obtenir une place dans l’institution existante.
Il crée sa propre institution et propose un autre chemin pour y parvenir.
Free dans les télécoms. 42 dans l’éducation.
Deux secteurs différents, mais une même mécanique : entrer dans un univers codifié, en comprendre les rapports de force, puis proposer une autre manière de jouer.
Et c’est peut-être là que le parallèle avec Machiavel devient le plus intéressant : le prince n’est pas nécessairement celui qui transgresse les lois. C’est celui qui comprend que les conventions ne sont jamais immuables et que le pouvoir appartient aussi à celui qui sait les déplacer.
Le prince moderne ne porte donc pas forcément une couronne.
Il peut posséder une entreprise, une école, des médias, des réseaux et surtout la capacité de faire évoluer le royaume autour de lui.
Une nouvelle reine
25 décembre 2020.

Chers lecteurs, rappelez-vous : une nouvelle reine a fait son entrée dans nos salons.
Et pas des moindres.
Sa Majesté la reine Charlotte a fait son apparition sur nos écrans dans La Chronique des Bridgerton.
Dans l’univers de la série, nul ne saurait ignorer son influence.
Chaque saison, c’est elle qui désigne les jeunes femmes dignes d’attirer tous les regards : les fameux « diamants de la saison ».
Une simple faveur de la reine, et voilà une jeune débutante élevée au rang de merveille de la haute société.
Mais ne vous y trompez pas : Sa Majesté ne se contente pas de distribuer les honneurs.
Elle donne le ton, impose les codes et décide, presque à elle seule, qui mérite de briller.
Ses bals sont somptueux, ses apparitions savamment orchestrées et ses réceptions, autant d’événements que la bonne société londonienne se doit de fréquenter.
Et tandis que les jeunes aristocrates s’abandonnent aux romances et aux scandales, la reine, elle, observe.
Elle connaît les alliances, devine les rivalités, repère les ambitions et semble toujours savoir, avant tout le monde, qui sera la prochaine étoile de la saison.
Mais surtout, chers lecteurs, il y a un détail qui n’a pas manqué de faire parler :
dans cette fiction, notre reine est noire.
Une reine noire, aristocrate et toute-puissante au cœur de la société londonienne imaginée par Bridgerton.
Une décision de fiction et voilà Twitter en ébullition.
Le royaume préféré des nouveaux aristocrates ? Celui des ultras patriotes ?
Qu’importe.
Le scandale est lancé.
De nombreux tweets s’en prennent alors à ce reflet prétendument « woke » de la société.
Voilà donc que les « intrus » s’infiltreraient jusque dans l’Histoire !
Comme si les scénaristes avaient osé franchir les portes d’un royaume dont certains estiment encore détenir les clés.
Un détail, pourtant, semble avoir échappé à quelques chroniqueurs :
il s’agit d’une fiction.
Mais il faut croire que, dans certains salons, la fiction peut provoquer davantage d’indignation que la réalité.
Et puisque nous parlons de salons, permettez-moi de vous raconter une histoire bien plus parisienne.
Le prince déchu
Je me souviens d’un prince parisien déchu.
Déchu non pas de son titre la particule, il la possède toujours. Le visage racé et les manières distinguées, également. La grande maison bourgeoise, la famille, le nom : tout est encore là.
Mais le pouvoir ?
Le pouvoir, lui, s’est évaporé.
Notre prince est aujourd’hui maître d’ouvrage sur des chantiers et vit dans un studio de vingt-neuf mètres carrés.
Et pourtant, chers lecteurs, ne vous y trompez pas : la particule demeure une clé fort précieuse.
Car même sans fortune, sans royaume et sans pouvoir véritable, elle lui ouvre encore les portes des cercles les plus nobles.
Et face à cette fiction, notre prince déchu ne pouvait évidemment rester silencieux.
Quelle offense !
Quel déshonneur pour les ancêtres qui, depuis leurs portraits dorés, nous observent en silence !
Quelle indignité !
Et surtout, quel écœurement devant cette histoire réécrite par des scénaristes qui auraient, semble-t-il, oublié de demander la permission à la noblesse d’autrefois.
Les ancêtres sont offensés, l’Histoire est bafouée, et voilà que la fiction ose encore s’affranchir de la réalité.
Mais, chers lecteurs, rappelons une chose fort simple :
ceci n’est qu’une série.
Et peut-être est-ce précisément cela qui est le plus savoureux : voir un homme qui n’a plus de royaume s’indigner qu’une fiction puisse en inventer un autre.
Car dans notre époque moderne, les couronnes ont peut-être changé de forme.
Les milliards ont remplacé le sang.
Les réseaux ont remplacé les salons. L’influence a remplacé les titres.
Et pourtant, dans les petits salons parisiens, une chose demeure : le goût du rang, le pouvoir du nom… et cette étrange obsession de savoir qui, exactement, mérite encore d’être admis à la cour.
Entrer dans la cour
2018.
Chers lecteurs, je décide à mon tour d’entrer dans la cour.
Mais toute prétendante qui se respecte sait qu’une entrée en société ne saurait être laissée au hasard.
Il faut une présentation, une signature, un premier coup d’éclat.
Ma première arme ?
Une gazette.
Une gazette décalée, à mon image, qui mêle la technique à l’art ou, plus exactement, l’art d’utiliser les techniques pour faire rayonner tous les arts.
Et puisque toute princesse doit annoncer ses couleurs, les miennes sont affichées sans détour.
Provinciale.
Une ville de Normandie, certes charmante, mais que la haute société ne classe guère parmi les capitales du glamour.
Puis vient le diplôme.
Pas de grande école prestigieuse, pas de nom capable de faire frémir les salons parisiens.
Non.
Le diplôme du plan B.
Celui que l’on choisit lorsque le plan A les grandes écoles, les grands réseaux, demeure hors de portée.
Tout est écrit.
Noir sur blanc.
Pas de fortune.
Pas de titre.
Mais une ambition, elle, bien présente.
Et voilà que la cour est informée.
Une nouvelle prétendante vient de franchir les portes du royaume.
Une princesse sans couronne, sans nom illustre et sans invitation officielle… mais avec une ambition bien précise : entrer dans la cour, comprendre ses règles et, peut-être un jour, acquérir le pouvoir.
Car après tout, chers lecteurs, les princesses les plus intéressantes ne sont-elles pas celles qui n’étaient pas censées le devenir ?
Et le mystère, chers lecteurs, ainsi que le travail, finissent parfois par payer.
Les premiers bals
Octobre et novembre 2018.


À peine entrée dans la cour, me voici déjà conviée à mes premières collaborations royales avec une filiale de la première famille royale de France.
Deux événements organisés.
Un rêve royal avec vue sur la Tour Eiffel.
Absolument sublime.
Mais pourquoi, aujourd’hui, oserais-je m’assimiler à la reine Charlotte ?
Parce que dès mon entrée dans la cour, en 2018, j’ai découvert une chose précieuse :
le pouvoir.
Non pas le pouvoir d’un titre ou d’un héritage.
Mais celui que l’on construit.
Le pouvoir de collaborer avec les marques de familles royales.
Le pouvoir de réunir des créatrices de contenu et des journalistes dans des palaces et des hôtels de luxe.
Le pouvoir, depuis 2021, de réunir dirigeants, journalistes et personnalités autour de dîners organisés dans des ambassades.
Le pouvoir, également, d’organiser des forums dans plusieurs pays africains et de faire se rencontrer des univers, des idées et des acteurs qui, sans cela, ne se seraient peut-être jamais retrouvés autour de la même table.
Et c’est là que le parallèle avec la reine Charlotte devient intéressant.
Car son pouvoir ne réside pas uniquement dans sa couronne.
Il réside dans sa capacité à créer la cour.
À décider qui sera présenté, qui sera réuni, qui sera regardé, qui pourra entrer dans le cercle.
Et peut-être est-ce là, chers lecteurs, ce que j’ai construit à mon échelle : non pas un royaume, mais un espace d’influence entre deux rives.
Un pouvoir de connexion.
Un pouvoir d’organisation.
Un pouvoir de mise en relation.
Car comme la reine Charlotte, je ne règne pas sur un territoire.
Je contribue à organiser une société.
La mienne est simplement différente : elle se déploie entre plusieurs pays, plusieurs cultures et plusieurs rives.
Et dans cette cour-là, mes titres ne sont pas héréditaires.
Ils se gagnent par le travail.
Rester dans la cour
Mais, chers lecteurs, entrer dans la cour n’est qu’une chose. Y rester en est une autre.
Car pour conserver son pouvoir, monter en grade et continuer d’être admise dans les salons, il faut savoir faire face aux hostilités.
Les jalousies, les rivalités, les tentatives de déstabilisation, les jeux d’influence et les alliances qui se font et se défont : tout cela appartient au royaume.
Machiavel l’avait compris.
Conquérir le pouvoir ne suffit pas.
Il faut encore savoir le conserver.
Et pour cela, point de garde rapprochée nécessairement.
Il faut apprendre à se protéger autrement.
Mentalement, d’abord.
Ne pas laisser les intrigues des autres déterminer sa valeur, ses décisions ou son ambition.
Apprendre à distinguer la critique utile de la volonté de déstabiliser.
Savoir garder son calme lorsque la cour bruisse de rumeurs.
Physiquement, ensuite.
Savoir poser des limites, préserver son espace, protéger son intimité et ne pas exposer inutilement sa personne.
Car dans tout royaume, chers lecteurs, les courtisans changent, les alliances se font et se défont, les faveurs se gagnent et se perdent.
La plus grande sécurité du prince ou de la princesse, du roi ou de la reine n’est donc peut-être pas le nombre de gardes qui l’entourent, mais la solidité de son propre royaume.
Et lorsqu’on ne possède ni château, ni armée, ni garde rapprochée, il faut bâtir d’autres remparts :
son intelligence, son travail, ses ressources, son indépendance et sa capacité à rebondir lorsque la cour devient hostile.
Car savoir entrer dans la cour est un talent.
Savoir y rester sans s’y perdre en est un autre.
Et peut-être est-ce finalement cela, le véritable pouvoir.
Ne pas seulement être invité à la cour.
Pouvoir choisir la cour dans laquelle on souhaite rester.


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