Il était une fois, sur une application de rencontres sur laquelle je fis la connaissance d’un homme culturellement délicieux.
Après quelques jours d’échanges, il comprit qu’un lieu bien choisi ferait sensation pour notre première rencontre. Passionné par la culture russe, il ne tarda guère à m’y initier. Et je dois reconnaître que je suis une élève particulièrement assidue lorsqu’il s’agit d’art et de littérature : ouverte et attentive, j’avale volontiers tout ce qui parvient à éveiller quelque chose en moi.
C’est ainsi qu’il m’invita à l’exposition « Peindre l’Âme Russe ». Excellente idée. Elle demeure à ce jour mon exposition préférée.


Et ne sommes-nous pas, nous aussi, fascinés par cette maîtrise ?
D’ailleurs, le souffle divin ne traverse-t-il pas leur art ?
« Le souffle divin est celui de la création. »
J’ai entendu, il y a quelques semaines, au pays de Galles, un musicien développer une pensée qui m’est depuis restée en tête : le souffle divin porte l’ego, et l’ego engendre la création.
Je suis profondément alignée avec cette idée.
Et je l’étends même à la gouvernance.
Le souffle divin, dans la gouvernance, serait le bâton du chef d’orchestre ; le violoniste, le pianiste, le soliste, en deviendrait l’incarnation.
La société devient alors un conservatoire au sein duquel siège le grand soliste.
Le Tsar est un soliste.
Un musicien hors catégorie.
Et, comme leur nom l’indique, les solistes jouent seuls.
La photographie que j’avais capturée au musée, ce jour-là, représentait Alexandre III recevant les doyens des cantons dans la cour du palais Petrovsky, à Moscou.

Horowitz et Alexandre III…Deux figures au sommet.
Le soliste règne sur la scène et concentre les regards.
Le Tsar impose sa présence par l’autorité de son pouvoir.
Le soliste a sa Philharmonie.
Le Tsar, sa cour impériale.
Horowitz, lui, contrôlait les contrastes. Sa technique était profondément personnelle, parfois imprévisible. Il prenait des risques considérables.
Horowitz était souverain.
Il imposait sa souveraineté par l’instrument.
Alexandre III, à sa manière, était un super-soliste politique.
Alors une question demeure : le pouvoir ne serait-il pas, au fond, la maîtrise du centre ?
Revenons à mon date. Je ne vis cet homme que quelques fois avant de passer à un autre esprit délicieux.
Mais certaines confidences demeurèrent.
Il m’apprit notamment qu’il était l’un des meilleurs amis de la prestigieuse soliste française de la finance.
Les femmes solistes y sont encore rares.
Son meilleur ami avait, parfois plus mal vécu que son frère les absences de sa mère, retenue par ses tournées entre l’Allemagne, les États-Unis et la France.
Et voilà qu’une autre dimension du soliste apparaissait.
Une soliste est, par définition, seule sur scène.
Mais peut-elle être aussi seule dans la vie ?
Les contraintes de la souveraineté professionnelle peuvent parfois empêcher d’être entourée au quotidien, jusque dans la relation avec ses propres enfants.
Cette femme fut la première à diriger, d’une main de maître, un grand cabinet américain.
Dans un podcast, elle le confirmait : le sentiment de pouvoir réside dans la maîtrise.
Maîtriser une réunion avec dix hommes économistes. Maîtriser la présidence de groupes de travail en étant la seule et très longtemps la seule Ministre des Finances Européenne…
La domination nous vient souvent à l’esprit lorsque nous cherchons à définir le pouvoir.
Mais peut-être nous trompons-nous…
Le véritable pouvoir n’est pas nécessairement de dominer.
C’est de maîtriser.
Alors, revenons au portrait d’Alexandre III.
Que voyez-vous ?
Un homme qui domine ?
Moi, je vois un homme qui maîtrise.
La main placée avec une précision presque chorégraphique, équilibrant la stature. Il ne manque que la baguette de direction !
Le regard élevé.
Les pieds ouverts, comme s’il demeurait à l’écoute du monde.
La tenue absolument parfaite, jusque dans la barbe et la moustache.
Une maîtrise jusque dans l’image.
Une souveraineté jusque dans le détail.


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